08/02/2007

Chapitre 12 : Paris, 1943 – Paris de nos jours

L'homme fuit sous la pluie glaciale, les aboiements des chiens se rapprochent. Le sang coule sur ses doigts, son souffle devient plus court. Maudit soient les traîtres ! L'homme essoufflé longe les Halles. Plus que quelques mètres avant d'arriver à Saint Eustache… Les cris gutturaux de ses poursuivants se mêlent à ceux des chiens. Tenir, il doit tenir, la survie des Protecteurs en dépend. Soudain, c'est la chute, un pavé glissant certainement, l'homme s'effondre dans un cri, tente de se relever, mais c'est trop tard, les chiens sont déjà sur lui.

L'officier SS qui commande le groupe de poursuivants s'approche avec un sourire. Il se penche vers l'homme.

-Ne vous avais-je pas dis que je trouve toujours ma proie lorsque je chasse ? Vous avez échoué, les autres ne seront pas avertis et ne tarderont pas à vous rejoindre…

L'homme pleure à présent, tous ces efforts pour finalement glisser sur un pavé stupide ! L'officier SS rit par contre, il danserait même de joie s'il le pouvait. Il donne quelques ordres rapides aux hommes qui l'accompagnent. Ceux-ci relèvent le prisonnier sans ménagement, l'homme boîte, sa cheville est cassée certainement, mais aucun de ses gardiens ne semble y porter attention, soudain, les gardes s'arrêtent, un claquement retentit derrière eux, un coup de feu, le Protecteur s'effondre dans leurs bras. Quelques secondes plus tard, un camion de la Wermarcht apparaît, le corps est chargé à l'arrière, les soldats suivent, l'officier monte à l'avant et le tout se met en route dans le crachin de ce matin d'automne disparaissant au fur et à mesure du champ de vision de l'unique témoin de cette scène, un clochard se trouvant là par hasard.

Paris, de nos jours

Je contemple l'église Saint Eustache en réfection et j'observe Gawain en silence. Il semble de nouveau être dans le passé, mais un passé dont j'ignore les événements. Ce lieu, ce parvis, j'y suis passé des centaines de fois, mais sans jamais y ressentir quoi que ce soit de particulier. J'ai beau me concentrer, je ne vois rien. L'endroit semble être une bulle de silence. C'est ici que nous avons rendez-vous avec Sandra et Bruno. Gawain nous a juste donné le parvis comme point de rencontre pour aller à Maritza. "Inutile de perdre du temps en réservations compliquées, ce ne sera pas nécessaire. Saint Eustache sera un point de départ idéal.". Pas un mot de plus, c'est un peu frustrant j'avoue, ce à quoi il répond toujours que la patience est un maître-mot dans notre combat. Quelle dérision ! Nous sommes poursuivies par des ombres qui rêvent de nous envoyer au royaume des morts et il me parle de patience…

Je me souviens. Je me revois arriver sous ma forme humaine aux halles, je devais rencontrer les Protecteurs. L'air était lourd, malgré la pluie gelante qui tombait sans discontinuer depuis plusieurs jours. Ce temps me rappelait les pluies de 1910 et les innondations qu'elles avaient provoquées, faisant de Paris une cité presque sinistrée. Je revoyais les détritus que les Parisiens jettaient à même la Seine depuis le pont d'Auteuil, à cause des incinérateurs à ordures sous eau. Bercé par ces souvenirs, je faillis rater le clochard qui se tenait prostré ou presque à l'entrée du métro des Halles. Un clochard dans le Paris occupé ? J'avais appris à connaître la façon de raisonner des nazis pour trouver cela étrange dès le départ. L'homme avait l'air invisible aux yeux des passants et aucun uniforme n'était visible à l'horizon et ça aussi c'était étrange. Je ralentissais mon pas et étendit mes sens magiques aux alentours. La bulle de vide à laquelle je me heurtai me fit comprendre immédiatement que quelque chose n'était pas normal du côté de Saint Eustache, notre point de rendez-vous. Je décidais de rester stoïque et me dirigeais vers le metro quand le clochard se leva et vint vers moi. Son visage était celui d'un très vieil homme, son aura était fatiguée, il était à la fin de son cycle terrestre. Il trébucha et s'aggripa à mon manteau. D'une voix ferme contratsant avec son aspect frêle il me chuchotta.

-Des SS ! Près de Saint Eustache.

-Combien ? demandais-je en faisant semblant de l'aider à se redresser.

-Une compagnie entière, tous de l'Anhenerbe. Ils ont pris un homme ce matin, l'officier lui a dit que les autres ne seraient pas avertis et qu'ils ne tarderaient pas à le rejoindre.

J'encaissai la nouvelle comme un boxeur reçoit les coups de son adversaire sur un ring.

-D'autres ont-ils déjà été pris ?

-Vous êtes le premier que je vois arriver.

Soupir de soulagement.

-Qui êtes-vous ? Comment avez-vous su qui nous étions ?

Le clochard resta muet un instant, son regard plongea dans le mien et j'y vis une demeure anonyme, des coups de poing sur la porte, des hommes armés de mitraillettes vêtus en vert de gris avec le sigle formé de deux éclairs sur leur casque. Une fuite par un passage secret, un combat à l'aide d'anciennes incantations. Le clochard était un mage en fuite. Un mage ayant dépensé presque toute son énergie dans sa fuite lors de la fermeture d'un des chapitres de Vienne au moment de l'Anschluss presque cinq ans plus tôt. Il avait dû sentir l'appel de la réunion avec les Protecteurs et venait certainement nous demander asile. Mais, les événements du matin lui firent comprendre que notre situation n'était guère plus brillante.

15:04 Écrit par Masque dans Cycle 1 | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Bonjour Eric, un retour....... après des détours
comment vas tu?
une autre vie à démarré.....
0 BIENTOT

Écrit par : Marilyn | 15/02/2008

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