21/01/2007

L'homme de pierre

- Cela vous convient-il, dame ? demande Jocaste avec résignation et respect.

- Ça fera l'affaire, merci Jocaste, vous pouvez vous retirer.

A ces mots, la servante ouvre de grands yeux et dit d'une voix blanche.

- Il n'a pas été prévu que je doive vous laisser seule, dame.

-( C'eut été trop beau). Ah ? Cela signifie-t-il que je vais devoir procéder à mes ablutions devant témoins ?

Le ton de Cassandre fait reculer la servante d'un pas.

- Je n'ai pas le droit de vous laisser seule, dame.

- Et moi, je ne compte pas rendre hommage à la Déesse devant témoins ! Surtout si ceux-ci sont au service d'un vampire ou de son clan !

A nouveau, Jocaste vacille devant le ton cinglant de la jeune femme.

- Si le seigneur Jérôme apprend que je lui ai désobéi, je risque de gros ennuis.

Cassandre fait mine de prendre le sort de la servante en intérêt.

- Fort bien, Jocaste. Je serais désolée que vous ayez des ennuis avec votre maître. Au moins, éloignez-vous tous les deux, je ne vois pas comment je pourrais m'enfuir depuis ce jardin.

- Oui, ça nous pouvons faire, répond la servante soulagée avant de faire signe au garde de s'écarter et de laisser Cassandre seule dans le jardin.

À peine Jocaste et le garde se sont-ils éloignés que Cassandre examine le jardin avec attention. Pas de porte visible, pas de corniche où grimper et les arbres ne sont pas assez grands non plus. De Khudil avait dû anticiper sa demande et donné ses ordres à Jocaste. L'effroi de la servante était-il réel ou feint, cela restait encore à déterminer, en attendant, Cassandre avait un rôle à jouer et elle comptait bien s'y tenir. Elle ôta la robe de lin et tourna son corps nu vers le levant tel qu'on le lui avait appris à Avalon et à réciter l'hommage au soleil.

Ô Dieu du Soleil,

je salue ton retour

Puisses-tu éclairer la Déesse de tous tes feux!

Puisses-tu éclairer la terre de tous tes feux,

répandre des semences et fertiliser le sol.

Sois comblé de grâces,

Ô réincarnation du Soleil.

Cette simple phrase sortie de sa mémoire et répétée des centaines de fois à Avalon semble soudain prendre un autre sens. Des images l'envahissent. Un autre jardin, une autre prière. Elle voit un temple inconnu, des hommes au crâne rasé portants des toges orange, une statue monumentale représentant un homme torse nu assis en tailleur avec un sourire indéfinisable sur le visage. Elle ne sait pourquoi ce visage lui fait peur. Elle fixe la statue droit dans les yeux et celle-ci semble prendre vie.

- Tes paroles sont belles, Cassandre, mais sans âme.

- Qui es-tu ? Que me veux-tu ? demande Cassandre un peu effrayée par cette étrange vision.

- Je suis celui qui a atteint le bout du chemin. Celui qui a vu toutes choses passées et présentes.

- Tu es un dieu ?

- Non, Cassandre… Je ne suis pas un dieu… Juste un homme qui a passé une partie de sa vie dans la futilité pour mieux apprécier la recherche de la lumière et l'aboutissement du chemin vers le Grand Tout.

- Le Grand Tout ?

- L'ultime chemin vers l'Illumination. Chemin auquel tu as déjà tourné le dos même si tu te prétends du Sanctuaire, alors que ton cœur est sec et tourné vers les ténèbres auxquelles tu appartiens déjà partiellement.

- Que me veux-tu alors ? Homme de pierre !

- Je veux ce que me demande l'homme qui est venu se recueillir en mon sanctuaire, je veux libérer Conwenna de ses tourments…

Cassandre réalise alors ce que lui veux la statue. Sans Conwenna, ses pouvoirs seront affaiblis et elle sera alors incapable de faire face à Jérôme de De Khudil. Conwenna était d'une race maîtrisant une certaine forme de magie inconnue dans ce monde-ci. Une part d'elle est Conwenna, mais elle est avant tout Cassandre, et la voie que suit Cassandre déplaît à Conwenna qui avait soif de bonté, d'humanité.

10:59 Écrit par Masque dans Cycle 1 | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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