31/08/2005

Flashback de Jacques 1

Mes mots semblent le frapper de plein fouet, son regard passe de l'incrédulité à la peur, puis à la colère.

-          C'est de votre faute ! jette-t-il à Gawain. Si vous aviez été malin, vous auriez écouté lorsque nous sommes venus vous trouvez en demandant de tout arrêter.

Une vague de pouvoir envahit soudain la pièce et vient heurter mon père avant même qu'il n'ait eu conscience de l'attaque.

-          Vous aviez prêté serment, vous aviez juré de défendre Maritza, de venir en aide aux gardiennes, de permettre à l'ordre de retrouver ses marques après les événements de 1943… Au lieu de cela, vous vous êtes commis avec notre pire ennemie et lui avez livré les descendantes des gardiennes, vos épouses, les mères de vos enfants. Je devrais vous balayer de la surface de ce monde, mais ce serait me comporter comme elle.

-          L'ordre est mort !!! Plus de grand-maître, plus de loggia, et plus assez de magie… La magie se meurt en ce monde. Les gens n'y croient plus.

-          Et les wiccan, les Mages et tous ceux qui ont encore foi en elle ?

-          Les wiccan ? Des reliques ! Les mages ? La plupart que des illusionistes ! Quant aux rêveurs, ils sont une goutte d'eau dans l'océan du réalisme. La Magie n'a plus cours pour tout autre que des créatures comme vous et ceux que vous combattez !!!

Ce discours me heurte à un point tel que je ne parviens pas à le décrire. J'essaye de me concentrer sur ce que Domhnall m'a expliqué ce matin et tente de faire affluer mon pouvoir vers mon père. Sans le vouloir je m'introduis dans son esprit et je vois…

 

         La pluie frappe les carreaux de la voiture, le chauffeur regarde son passager dans le retroviseur, mais celui-ci reste impassible et attend sans un mot, ni un geste. Son imperméable de cuir noir brille à chaque nouvel éclair, son képi noir avec la tête de mort à l'avant semble vissé sur sa tête.

Un autre éclair fait sursauter le chauffeur qui pourtant en a vu d'autre. Mais cet orage n'est pas naturel et il le sait. De plus, la région n'est pas sûre, les partisans ont fait sauter un convoi de la Wermarcht deux nuits auparavant et trois officiers de la Waffen SS sont portés manquant depuis une semaine. Personne ne croit plus au fait de les retrouver vivant.

Soudain, l'orage se calme et le chauffeur entend son chef soupirer.

-         Un problème standartenfürher ?

-         Non, Klaus. Notre invité est enfin arrivé.

A peine le major SS a-t-il prononcé ces mots que la porte arrière gauche s'ouvre et qu'un homme s'engouffre dans la Mercedes noire.

-         Vous êtes en retard.

-         Mes excuses, standartenführer, un contretemps imprévu.

-         Des problèmes ?

-         Rien qu'on ne puisse résoudre.

-         Quels sont les ordres ?

-         Vous repartez pour l'Italie le plus vite possible.

-         L'Italie… Dois-je comprendre que nous allons attaquer Maritza à nouveau ?

-         Oui, les choses ne se déroulent pas tout à fait comme prévu.

-         La destruction de la loggia n'a pas suffit ?

-         Non, les Dragons se sont réunis en Toscane avec les documents que vous savez.

-         Nous les trouverons. Et vous qu'allez-vous faire ?

-         Prendre la place de l'un d'entre eux et supprimer les gardiennes.

-         Mon attaque ne suffira pas ?

-         D'après ce que j'ai pu voir, non. Désolé, Gerardht.

-         Je ferai ce que le Cercle m'ordonne. Je suis conscient que la bataille se livre sur plusieurs fronts. Ai-je une chance de survivre à l'attaque ?

-         Oui.

-         Et à la guerre ?

L'homme secoue la tête négativement.

-         Je vois… Disposerais-je d'ombres pour mon attaque ?

-         Oui, Cassandre en a prévu deux décuries.

L'officier SS hoche la tête d'un air satisfait.

-         Vous repartez immédiatement je suppose ?

-         Oui, tant que je peux profiter de l'alignement des pleines lunes pour ne pas devoir transiter par Farlandia.

-         Farlandia…

-         Ne me dites pas que Narynia vous manque Gerardht ?

-         Pas dans le sens où vous l'entendez, Jacques. Mais, le convoyage des postulantes vers Farlandia, Py Hertung ou Kar Madan était un bien agréable moment. Les femmes de Farlandia sont tout de même plus attrayantes que celles des zones occupées. Les bordels de Therag me manquent surtout…

-         Je comprend.

-         Vraiment ?

-         Oui.

-         Parfois j'ai envie de franchir la porte menant aux abords de Therag, mais je sais que si je fais cela, la gargouille et ses sbires me retrouveront immédiatement.

-         Oui, les Protecteurs de l'île d'Aïnur sont partout à nous guetter, c'est pour cela que je ne veux pas risquer de transiter par Narynia.

Le nazi acquiesse d'un signe de tête.

-         Nous reverrons-nous encore ?

-         Je l'ignore.

-         Dommage, j'avais plaisir à converser avec vous, Jacques.

-         Les Furies soient avec vous, mon ami.

-         Que leur rage submerge nos ennemis.

Les deux hommes se serrent la main, Jacques quitte la Mercedes pour retourner à l'ancien monastère en ruines où se trouve le passage entre les mondes.


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30/08/2005

Arrivée chez le père

Je soupire, merci mon Dieu, deux minutes de plus et je ne répondais plus de mon comportement. Mais, qu'est-ce-que j'ai depuis ce matin ? J'ai l'impression d'être une lycéenne de quinze ans rêvant de coucher avec un de ses profs. Quelque chose en Gawain me trouble à un point que je ne peux expliquer, pour une psychologue professionnelle reconnue dans les milieux cliniques de la région parisienne, tu repasseras ma fille.

On entre enfin dans Mandres les Roses, Gawain m'indique le chemin à prendre. Bien qu'il ne soit jamais venu, ses pouvoirs lui permettent de localiser mon père sans mal. Nous passons devant la mairie, sur le trottoir une jeune femme brune semble courir en pestant, ça me rappelle l'époque où je vivais hors de Paris sans voiture et la course au bus pour éviter d'arriver en retard lors de mes stages ou de mes rendez-vous. Nous arrivons enfin dans l'allée Robert de Dreux, je gare ma 206 et prends une profonde inspiration en descendant et en fermant les portes à l'aide de ma télécommande.

Je sens Gawain poser sa main sur mon épaule et de nouveau une chaleur, apaisante celle-là, m'envahit. Je le remercie d'un sourire et lui fait signe que je suis prête pour la rencontre. Nous marchons quelques mètres avant de nous arrêter devant une plaque apposée sur la façade d'une maison "Jacques Lelieu – architecte – sur rendez-vous". Je m'avance vers la sonnette, mais la porte s'ouvre. Un homme d'une cinquantaine d'années, efflanqué, vêtu d'un jeans et d'une chemise Lacoste jaune, d'un foulard en soie assorti. Les cheveux autrefois bruns, sont devenus blancs, mais pour le reste mon père n'a pas changé. Il nous détaille, les sourcils froncés derrière ses lunettes à la monture argentée.

-          Voilà une visite à laquelle je ne m'attendais pas, Marie. Surtout pas en la compagnie de cet… individu.

-          Le plaisir est partagé, Jacques, rétorque Gawain d'une voix neutre.

-          Nous pouvons entrer, papa ?

-          Je suppose que je n'ai pas trop le choix…

Il nous cède le passage, referme la porte après avoir jeté un coup d'œil rapide dans la rue et nous guide vers un salon où je devine qu'il reçoit ses clients. Toute la pièce est meublée de façon fonctionnelle et moderne, mais l'endroit me semble froid, sans âme. Gawain semble ressentir la même chose que moi, car je vois son visage se crisper.

-          Nous ne venons pas en ennemi, Jacques…

-          J'ai plusieurs questions à te poser… à propos de maman et de Narynia.

Il tique.

-          Je n'ai plus rien à voir avec Narynia, ni avec l'ordre d'ailleurs. Et je pensais avoir été clair quant au fait que Marie ne devait pas être impliquée dans vos querelles.

-          Il est trop tard papa… Sans même le vouloir, j'y suis déjà mêlée.

Regard inquisiteur.

-          Les ombres nous traquent Sandra Beggers et moi.

-          Les… les ombres ?

-          Oui.

-          Mais c'est impossible, nous…

-          Vous aviez conclu un accord Martin Beggers et toi, nous le savons. De toute évidence votre interlocutrice ne l'a pas respecté, je ne suis même pas sûre qu'elle en ait eu l'intention un jour.


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29/08/2005

chapitre 10 : Narinya

Chapitre 10 : Narinya

 

            Je ne peux m'empêcher de repenser à ce début de journée en fanfare. Ma conversation avec Gawain, l'arrivée impromptue de Domhnall et ses révélations sur les passages et surtout sur le sanctuaire originel qui se trouve à Narinya.

            Repenser à la tête de Sandra lorsqu'elle a vu Gawain dans l'appartement me fait encore sourire. Après avoir confié sa sécurité à Domhnall, Gawain a décidé de m'accompagner jusqu'à Mandres pour rencontrer mon père. La réunion de ce soir a été reportée à notre retour, il va falloir que je réorganise tout mon agenda, mais ça ne devrait pas trop poser de problèmes. Il faut que je sois libre pour Beltane, c'est indispensable.

            Heureusement, la route s'est bien passée, et les autoroutes n'étaient pas engorgées, à Santeny je commence à me sentir plus nerveuse. Je jette un regard à Gawain qui observe le paysage en silence. A quoi pense-t-il ? Il détache ses yeux de sa vitre et se tourne vers moi avec un sourire réconfortant.

-          J'ai l'impression que tu lis dans mes pensées pour me sourire ainsi.

-          Je pourrais en effet… Mais, pas avant Beltane.

-          Pourquoi ?

-          Parce qu'avant dêtre initiée tu ne sauras pas me répondre ou me parler.

-          Tu veux dire que l'initiation va créer un lien psychique entre nous ?

-          C'est exact.

-          Cela nous permet-il de savoir où tu te trouves lorsque nous avons besoin de toi ?

-          En principe, oui.

-          En principe ? Tu penses au décès de Marthe ?

-          Qui lit les pensées de qui maintenant, Marie ?

-          Pas besoin d'être télépathe pour comprendre que cela te tracasse. Avec tout ce que Domhnall nous a expliqué, je n'ai pas mis longtemps à deviner que quelque chose d'anormal s'était passé pour Marthe.

Gawain reste sans rien dire, les yeux perdus dans le vague.

-          La protection des gardiennes est un rôle qui m'est dévolu depuis que Tybald a fondé l'ordre, c'était là notre accord. La mort de Marthe m'apparaît comme un échec personnel.

-          Au lieu de te morigéner, tu ferais bien de passer outre et comprendre comment cela a pu arriver alors qu'elle avait fait de l'appartement un sanctuaire.

Je prends soudain conscience que je lui ai dit ça d'un ton très direct, presque clinique et je jure intérieurement. Il pose sa main sur ma cuisse, la chaleur de sa paume traverse le tissus de mon pantalon de toile et se diffuse dans mon corps.

-          Si tu veux éviter que je nous envoie dans un fossé, tu ferais mieux d'arrêter ça tout de suite.

-          J'essayais de faire en sorte que tu te détendes… Plus on approche, plus je te sens nerveuse, dit-il en ôtant sa main.


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