30/08/2005

Arrivée chez le père

Je soupire, merci mon Dieu, deux minutes de plus et je ne répondais plus de mon comportement. Mais, qu'est-ce-que j'ai depuis ce matin ? J'ai l'impression d'être une lycéenne de quinze ans rêvant de coucher avec un de ses profs. Quelque chose en Gawain me trouble à un point que je ne peux expliquer, pour une psychologue professionnelle reconnue dans les milieux cliniques de la région parisienne, tu repasseras ma fille.

On entre enfin dans Mandres les Roses, Gawain m'indique le chemin à prendre. Bien qu'il ne soit jamais venu, ses pouvoirs lui permettent de localiser mon père sans mal. Nous passons devant la mairie, sur le trottoir une jeune femme brune semble courir en pestant, ça me rappelle l'époque où je vivais hors de Paris sans voiture et la course au bus pour éviter d'arriver en retard lors de mes stages ou de mes rendez-vous. Nous arrivons enfin dans l'allée Robert de Dreux, je gare ma 206 et prends une profonde inspiration en descendant et en fermant les portes à l'aide de ma télécommande.

Je sens Gawain poser sa main sur mon épaule et de nouveau une chaleur, apaisante celle-là, m'envahit. Je le remercie d'un sourire et lui fait signe que je suis prête pour la rencontre. Nous marchons quelques mètres avant de nous arrêter devant une plaque apposée sur la façade d'une maison "Jacques Lelieu – architecte – sur rendez-vous". Je m'avance vers la sonnette, mais la porte s'ouvre. Un homme d'une cinquantaine d'années, efflanqué, vêtu d'un jeans et d'une chemise Lacoste jaune, d'un foulard en soie assorti. Les cheveux autrefois bruns, sont devenus blancs, mais pour le reste mon père n'a pas changé. Il nous détaille, les sourcils froncés derrière ses lunettes à la monture argentée.

-          Voilà une visite à laquelle je ne m'attendais pas, Marie. Surtout pas en la compagnie de cet… individu.

-          Le plaisir est partagé, Jacques, rétorque Gawain d'une voix neutre.

-          Nous pouvons entrer, papa ?

-          Je suppose que je n'ai pas trop le choix…

Il nous cède le passage, referme la porte après avoir jeté un coup d'œil rapide dans la rue et nous guide vers un salon où je devine qu'il reçoit ses clients. Toute la pièce est meublée de façon fonctionnelle et moderne, mais l'endroit me semble froid, sans âme. Gawain semble ressentir la même chose que moi, car je vois son visage se crisper.

-          Nous ne venons pas en ennemi, Jacques…

-          J'ai plusieurs questions à te poser… à propos de maman et de Narynia.

Il tique.

-          Je n'ai plus rien à voir avec Narynia, ni avec l'ordre d'ailleurs. Et je pensais avoir été clair quant au fait que Marie ne devait pas être impliquée dans vos querelles.

-          Il est trop tard papa… Sans même le vouloir, j'y suis déjà mêlée.

Regard inquisiteur.

-          Les ombres nous traquent Sandra Beggers et moi.

-          Les… les ombres ?

-          Oui.

-          Mais c'est impossible, nous…

-          Vous aviez conclu un accord Martin Beggers et toi, nous le savons. De toute évidence votre interlocutrice ne l'a pas respecté, je ne suis même pas sûre qu'elle en ait eu l'intention un jour.


21:12 Écrit par Masque | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.