25/08/2005

Fin de la nuit

Marie se prend à songer que le père de Sandra avait raison au moins sur une chose, toute cette lutte séculaire a un côté qui donne l'impression d'un raz-de-marée prêt à tout submerger sur son passage.

-         Et les Protecteurs ?

-         Ceux qui ne furent pas tués sur place furent déportés.soit à Struthof-Natzweiler, soit à Wewelsburg.

-         Des camps ?

-         Oui, du moins pour Struthof-Natzweiler…

-         Et l'autre ?

-         Wewelsburg était le fief personnel d'Himmler. Un château dans lequel l'Ahnenerbe menait ses expériences occultes les plus secrètes et où le Reichsfürher réunissait ses plus fidèles lieutenants autour d'une table ronde.

-         Vous vous moquez de moi là ?

-         Pas du tout.

-         Je savais que ces mecs étaient givrés, mais pas à ce point.

-         Le Cercle de Calebros adore le decorum.

-         Génial ! Au moins, on peut espérer une mort peu banale. Désolée, c'est de mauvais goût. C'est étrange, vous me paraissez moins grand que lorsque vous êtes arrivé.

Theobaldus grimace et se tourne vers la fenêtre où le voile nocturne s'estompe peu à peu.

-         Le jour se lève, je suis en train de reprendre ma forme humaine. D'ici moins d'une demi-heure, je serai redevenu Galvin Nowless.

-         C'est douloureux ?

-         Pas dans ce sens-ci…

-         Oh… d'accord. Voulez-vous que je prépare du café pour nous deux ?

-         Volontiers, merci. Il faudrait que je téléphone à un ami également.

-         Pourquoi ?

-         Parce qu'une fois ma métamorphose achevée, je serai aussi nu que vous.

Marie semble réaliser qu'elle ne porte toujours aucun vêtement sur elle.

-         La nudité est un état avec lequel je me suis toujours sentie à mon aise. Mais ces derniers temps, je me balladerais volontiers à poil toute la journée. J'ai remarqué que Sandra aussi d'ailleurs.

-         C'est à cause du sanctuaire.

-         Pardon ?

-         Marthe avait fait de l'appartement un sanctuaire. C'est pour ça que je ne comprend pas comment elle a pu mourir sans que je le sente.

-         Quel rapport avec le fait que j'ai une constante envie d'être nue ?

-         Les wiccans vivent nues la plupart du temps lorsqu'elles sont dans les sanctuaires. Ça les aide à mieux être en harmonie avec les énergies que leur envoie la Déesse.

-         Mais, Sandra et moi ne sommes pas encore des wiccans…

-         Vous portez l'héritage de celles qui vous ont précédées en vous. Je suppose que ça a une influence.

-         Votre ami, c'est pour qu'il vous amène des vêtements ?

-         Oui

-         Alors ne vous fatiguez pas, il y a ce qu'il faut au grenier.

-         Comment cela ?

-         En fouillant hier, j'ai trouvé une valise avec des vêtements d'homme neufs encore emballés. Je suppose que Marthe avait prévu que ce genre d'incident puisse vous arriver.

-         Ce n'est pas impossible. Marthe était quelqu'un de très particulier.

-         Il me semble en effet. Je mets le café en route, puis je vais enfiler un T shirt.

-         Vous disiez être à l'aise ainsi il y a quelques secondes.

-         Je le suis, mais on dirait que c'est vous qui êtes gêné.

-         Non pas gêné… Mais vous ressemblez énormément à une des autres gardiennes.

-         C'est la seconde fois que vous me le dites. Vous deviez tenir énormément à elle.

 

Trois années ont passé depuis la rencontre au Palazzo Abiatti, Clarice et Shirley ont à présent pris la place de leurs mères comme gardiennes de Maritza. Theobaldus passe beaucoup de temps auprès d'elles, il leur enseigne tout ce qu'il y a à savoir sur les ombres, ces créatures au service du Cercle de Calebros. Des âmes en peine issues de mondes à présent disparus.

Une certaine excitation règne car Beltane approche, or les deux gardiennes savent que cette nuit-là leur gardien ne se transformera pas. C'est la seule nuit de l'année où Theobaldus conserve sa forme humaine et elles lui ont fait jurer qu'il les aimerait physiquement toutes les deux cette nuit-là. Comment refuser pareille chose à deux  jeunes femmes pleine de sève et de charme ? Il a donc accepté et a juré. Un serment est chose sacrée, le rompre serait trahir la confiance qu'elles ont en lui.

 

Comme je m'en rappelle de cette nuit de Beltane. De la première flamme jaillissant des bûchers placés partout pour célébrer la lumière au lever du jour, j'ai tenu ma promesse. Nous nous sommes aimés tous les trois, je passais chez elles à tour de rôle, tandis que celle qui était désoccupée nous observait. Shirley était passion, Clarice, douceur. C'est au petit matin que je réalisai être tombé amoureux d'elle.

Le lendemain de Beltane, une surprise nous attendait venant du plus ancien des sanctuaires : un protecteur runique. Il devait avoir passé quarante ans à l'époque, mais en paraissait dix de moins. Ses cheveux noirs flottaient sur ses épaules, ses yeux bruns reflétaient un grand calme. C'est ainsi que je fis la connaissance de Domhnall.

 

Theobaldus est redevenu tout à fait humain lorsque Marie apporte la cafetière italienne dans le salon. Elle fait mine de ne pas remarquer que les souvenirs du gardien ont des conséquences physiques, mais ne peut s'empêcher de frissoner en voyant le membre dressé. Elle retourne dans la cuisine et s'appuye sur le frigo.

 

-         Mon Dieu que m'arrive-t-il ? On dirait une chatte en chaleur !!! Il faut que je me reprenne sinon je vais me mettre à lui tourner autour en roucoulant.

 

Elle sort de la cuisine pour aller dans sa chambre et revient avec un T shit de nuit. Elle ne peut s'empêcher de regarder si le sexe de Theobaldus est toujours en érection et soupire de soulagement en voyant qu'il s'est assis à table masquant cette partie-là de son corps au regard de la jeune femme. Elle s'assied en face de lui et se met à faire le service.

 

-         Je suis désolé de vous avoir embarrassée, mais je ne contrôle pas toujours les réactions de mon corps.

Marie rougit.

-         Embarrassée n'est peut-être pas le mot qui convient à vrai dire. Lorsque je vous ai vu en érection, je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête, mais j'ai eu envie de vous. Pourtant, je vous assure que je ne suis pas une fille facile.

-         Je vous crois.

Un silence de plomb s'installe, chacun buvant son café en osant à peine regarder l'autre. Soudain, Theobaldus tressaille, se lève et se dirige vers la porte qu'il ouvre en poussant un cri de surprise. Il revient quelques secondes plus tard avec un homme d'environ cinquante ans, avec des cheveux poivre et sel attachés par un catogan pourpre.

-         Marie, voici Domhnall, dernier protecteur runique encore présent en ce monde. Il vient pour l'initiation de Bruno et pour empêcher sa mère de vous nuire avant Beltane et votre initiation.

-         Sa mère ?

-         Je suis le fils que Cassandre Descrieux eut de ses amours avec le Cornu lors de son premier Beltane.

-         Mais… C'est impossible, vous devriez avoir…

-         Deux cent septante-neuf ans terrestres.

Abasourdie, Marie s'assied.

-         Je propose que vous preniez place Domhnall, car des explications s'imposent.


13:15 Écrit par Masque | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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