19/08/2005

Chapitre 8 : Theobaldus

La foudre déchire soudain le ciel et nous fait sursauter tous les trois. La même pensée nous a traversé tous les trois, et si cet orage était provoqué par elle ?

 

 

Chapitre 8 : Theobaldus

 

        L'orage gronde sur la ville… Les toits luisent sous la pluie, l'air est chargé de senteurs d'humidité. Perché sur le toit de l'ancienne caserne des pompiers de la place du Jeu de Balle, j'observe les mouvements nocturnes de la ville.

        Les éclairs zèbrent la nuit et je m'interroge sur la nature de cet orage, phénomène naturel ou marque que Cassandre est en ville ? La présence des ombres est déjà assez inquiétante en soi sans rajouter celle de "la fille de Wotan" comme l'avait surnommé Jocaste.

        Jocaste… Personne n'a voulu croire à son témoignage lorsque les frères sont arrivés à la Domus. Certes, l'ordre n'a pas toujours été en bons termes avec le Cercle d'Hermès, mais au moins ces vampires-là ne servaient pas Ghilad et ses funestes projets.

        Le cercle d'Hermès… La première fois que je les ai croisés c'était avant même de rencontrer Tybald. Tant d'années se sont écoulées. Parfois, mon immortalité me pèse à un point que je serais prêt à aller affronter Calebros lui-même, mais alors ce serait condamner Clara, Maritza et trahir tout ce pour quoi je me suis battu depuis cinq cent ans.

        Des formes s'approchent de l'immeuble de Marthe. Après l'attaque dont Sandra fut victime au cours de l'après-midi, je sais que ceux du cercle sont sur le pied de guerre. Pour la première fois depuis que les deux gardiennes originelles furent amenées à Maritza, ils ont une chance de nous vaincre. J'aurais dû prévoir qu'ils mettraient tout en œuvre pour trouver les deux nouvelles gardiennes et les éliminer avant leur initiation. Je fend la nuit de mon regard magique, fausse alerte, ce sont trois fêtards qui espéraient trouver le bar enroulée ouvert.

        Un bar… C'est dans un endroit similaire que tout a commencé pour moi, dans une taverne de Gairloch, dans les Highlands de l'Ecosse. Je revois cette soirée comme si c'était hier, la bière coulait à flot, les commentaires allaient bon train, le clan Mc Leod et le clan Mc Enzie se disputaient les terres à l'époque. Les Mc Leod avaient toujours eu le dessus autrefois, mais perdaient peu à peu du terrain. Le vieil Angus Mc Leod voulait faire appel à un allié extérieur pour refouler les Mc Enzie, c'est la première fois que j'entendis parler de Marcellus.

        Un nouvel éclair… Aurait-elle osé venir en personne ? Si c'est le cas, la lutte risque d'être encore plus serrée que ce que je n'avais prévu. Heureusement, elle est incapable de se déplacer tant que la lumière du jour est encore présente, et je ne peux me résoudre à croire qu'elle a réuni assez d'ombres pour que la journée constitue autant une menace que la nuit.

        Je ferme les yeux et laisse mon pouvoir courir dans la ville à la recherche d'un signe de sa présence. C'est un petit jeu très ancien, car en faisant cela, je lui révèle ma présence. Mais, je suppose que l'ombre de ce matin lui a déjà rapporté ce fait…

        L'énergie magique court dans les rues, touchant le sommeil de ceux qui sont sensibles au Pouvoir, pénétrant leurs rêves un court instant. Je sens la présence d'une ombre place Poelaert… Je la traque… Elle ne m'a pas repéré. A-t-elle rendez-vous avec sa maîtresse ? Je freine l'intensité de ma magie, la discretion est primordiale. J'attend, patiemment, rien ne se passe. Soudain, l'ombre se met en mouvement comme si elle avait le feu aux trousses. Quelqu'un ou quelaue chose la traque et je ne l'ai pas senti. Je laisse mon énergie s'amplifier pour que ce chasseur ait conscience de ma présence. Il m'ignore et poursuit son œuvre. Comment est-ce possible ? Je suis une des créatures magiques les plus anciennes d'Europe. Qui donc peut se peremettre de m'ignorer lorsque je cherche à établir le contact ?

        L'ombre fuit toujours, elle remonte l'avenue Louise en courant, mais l'autre ne la lâche plus. L'orage a perdu de son intensité, mais l'énergie de la "fille de Wotan" est presque palpable dans l'atmosphère de Bruxelles. Soudain, un éclair descend du ciel tel une lance et foudroye l'ombre sur la place Stéphanie et l'orage cesse aussitôt. Je comprend alors, elle n'est pas en ville, mais avait transféré une partie de sa conscience en l'ombre. Celui qui a foudroyé la créature déchue a retourné l'arme de sa maîtresse avec une facilité déconcertante. Il y a un autre être issu de la magie qui veille en cette cité, et j'ignore tout de lui.

        Il faut que j'entre en contact avec lui ou elle, je déploie mes ailes et libère toute l'énergie magique dont je suis capable. Toute personne pratiquant notre art sait que c'est un appel, une invitation au contact. Je sens plusieurs mages présents dans la ville réagir mentalement à ma demande, ils me saluent, mais ignorent tout des événements qui viennent de se produire avenue Louise. Je leur rend leur salut et les remercie lorsque soudain une énergie vient se mélanger à la mienne et me pénètre comme si toutes les défenses dont je disposais étaient inexistantes. Je me sens revenir en arrière, Venise, les Alpes, le Bretagne, la traversée, l'Ecosse… Peu à peu, je redeviens Gawain Mac Enzie, connu à Gairloch comme Galvin Mac Inkle, de la branche secondaire du clan Mac Leod.

        J'avais accepté de m'introduire au sein du clan ennemi après la défaite de Loch Tollaidh. Les Mc Enzie étaient supérieur en nombre et mieux armés, pourtant ils avaient essuyé une des pire défaites de l'histoire du clan. Les anciens avaient alors prononcé le mot "magie" et étaient venus me trouver, moi Gawain le breton, celui qui avait vécu plus de dix ans loin des Highlands et du clan pour suivre l'enseignement des Anciens en Bretagne. J'étais revenu auprès des miens, il y a peu et nul chez les Mac Leod ne me connaissait à l'époque.


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Commentaires

La ville s'endormait "j'en oublie le nom. Sur le ciel en amont un coin de ciel brillait. Et vous êtes passée demoiselle inconnue, à deux doigts d'être nue, sous le lin qui dansait." Jacques Brel, mais tu l'avais reconnu.

Écrit par : Brice | 19/08/2005

Brel oui... décidément, en musique nous ne pouvons être que d'accord...

Écrit par : le doge | 20/08/2005

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