18/08/2005

Cassandre 6

Cassandre la regarde étrangement, cette petite femme a en partie raison, et en partie tort. Jamais, il n'a été question qu'elle devienne servante au château. Son père ne l'aurait jamais permis. Mais la perspective d'un mariage avec un garçon des environs du château n'a jamais enchanté la jeune femme. La liberté est une chose trop belle pour s'enfermer dans une vie d'épouse modèle. Et puis, se limiter à un seul homme, quel ennui. La diversité est tellement plus amusante. Et puis, explorer et aimer le corps d'une femme est tellement différent et tout aussi agréable. Plus doux même… Non, elle n'est pas faite pour le mariage, mais pas non plus pour la wicca qui réprouverait ses habitudes sexuelles. Instinctivement, elle n'ose parler de Casimir Maleyvi et de son enseignement. Après tout, elle ne sait toujours pas où elle a été emmenée. Elle toise la petite femme et reprend de son ton arrogant.

-       Vous ne m'avez toujours pas dit où et chez qui j'étais ? Vous me dites que je ne suis pas "exactement prisonnière"… Soit, mais que suis-je alors ? Quels sont mes droits ? Puis-je sortir de cette pièce ?

-       Non, répond fermement la femme. Je suis désolée, mais tu n'as pas encore le droit de sortir. Tu dois d'abord être vue par le Praetor.

-       Encore ce Praetor ! Où est-il ? Et que doit-il voir en moi ? Il faut que je me mette sur une estrade et qu'il puisse m'examiner comme une marchandise ? Il doit déterminer si je suis assez bien pour son gynécée ?

-       Les paroles de Cassandre semblent surprendre la femme.

-       Non ! Que dis-tu là ? Nous ne sommes pas chez les Maures ! Il n'est nul question de gynécée, ni de marché aux esclaves ! Pour une occidentale de la campagne, tu sembles bien au fait de ces choses !

Cassandre se mord la langue en se disant qu'elle a manqué une occasion de se taire. Pas question non plus de dire à la femme qu'elle est déjà passée de l'autre côté d'un portail et qu'elle a vu Farlandia. Encore moins de lui parler de son autre vie là-bas. Elle ne sait pas comment le "Praetor" prendrait la chose.

-       J'ai lu ça dans un livre qui se trouvait à la bibliothèque du château. Mon père y a accès librement et, de ce fait, moi aussi.

-       Ah… Très bien… Le savoir est une chose utile. Si tu aimes apprendre, tu te plairas ici.

-       Ça reste encore à voir. Et ma famille ? Mes amis ?

-       Ta famille ? Ignores-tu donc que c'est ton père qui t'a fait mener dans cet hospice où tu as passé trois mois ? Quant à tes amis… Desquels parles-tu ? De ceux que tu accueilles entre tes cuisses ? N'importe quelle autre catin peut faire l'affaire à leurs yeux !

Blessée par cette remarque, Cassandre gifle la femme à la volée. Mais celle-ci ne bouge pas d'un pouce semblant ne rien sentir avant de lui retourner la pareille avec une force colossale. Étourdie par le choc, Cassandre perd l'équilibre et tombe sur la couchette.

-       Ne t'avise plus jamais de refaire cela, jeune fille ou il t'en coûtera très cher !

-       Alors ne me traitez plus jamais de catin ou je vous jure que je vous fais subir le même sort qu'à ces religieuses de malheur à l'hospice !

-       Devant cette révélation, la femme recule.

-       Tu veux dire que tu as délibérément attiré la foudre sur ces femmes ? Que tu savais ce que tu faisais ?

-       Parfaitement ! répond Cassandre avec des flammes dans les yeux. Et s'il le faut, je le referai !

-       Interloquée, la femme recule de deux pas.

-       La fille de Wotan ! La wicca qui contrôle la foudre ! Cela change tout ! Comment se fait-il que tu ne sois pas parmi les initiées ? Pourquoi les gardiennes ne nous ont-elles rien dit ? Se peut-elles qu'elles se méfient quand même de nous ? Cela doit être tiré au clair !

Sur ces paroles, elle tourne les talons et cogne contre la porte pour qu'on lui ouvre. Elle a peur, Cassandre le sent. Mais peur de quoi ? Mystère ! Elle ressasse les mots de la femme avant de se replonger dans Shakespeare.

Plus tard, la trappe s'ouvre à nouveau et un plateau avec du pain, de la bière et du fromage, est glissé dans la cellule. Cette fois-ci, Cassandre prend la peine de mastiquer et goûter les aliments. Le fromage est une pâte dure, la bière, d'abbaye, le pain, cuit à la façon de chez elle. De ces remarques, elle conclut qu'elle est toujours dans sa région… Une fois le repas terminé, elle frappe un coup à la porte et attend. Le judas s'ouvre.

-       Oui ?

-       J'ai fini mon repas, mais la bière a du mal à passer. Pourrais-je avoir une autre cruche d'eau, je vous prie.

-       Mettez la cruche vide sur le plateau, vous en aurez une autre en retour.

-       Fort bien, merci.

-       (Ils sont plutôt du genre prudents. Ma sortie n'est pas gagnée d'avance)

-       La jeune femme attend que le judas soit refermé avant de vider la cruche d'eau dans le baquet aux ablutions et de le poser sur le plateau.

-       La trappe s'ouvre quelques minutes plus tard, elle fait glisser le plateau vers l'ouverture et remarque qu'il est happé par un crochet, avant qu'une cruche ne prenne sa place poussée par un genre de gaffe.

-       (Très prudents, même).

-       À nouveau seule, Cassandre se replonge dans "le songe d'une nuit d'été" sans faire attention au soir qui tombe jusqu'à ce qu'elle n'ait plus assez de lumière pour lire. C'est alors qu'elle se rend compte qu'une activité qu'elle n'avait pas remarquée dans la journée s'est emparée de l'endroit. Elle tend l'oreille et entend des voix, des bruits de pas, des portes qui s'ouvrent et se referment. Soudain, on approche de chez elle, la porte s'ouvre, un homme grand et émacié entre dans la cellule, une lampe à la main. Il la pose sur la table et se tourne vers la jeune femme.

-       - Ainsi, voilà donc le phénomène qui a détruit un hospice grâce à la foudre… votre petite tirade semble avoir fort impressionné Jocaste, ce qui est un exploit en soi, car depuis toutes ces années qu'elle est à mon service, peu de choses l'impressionnent encore. Mais, permettez-moi de me présenter, Jérôme de Khudil, Praetor du cercle d'Hermès. Je suis le Praetor de cette domus dont vous êtes l'hôtesse depuis maintenant trois jours.


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Commentaires

19/08/2005 12h10 et j'ai pas mon épisode du jour !!
reviens nous vite !!!

Écrit par : pommefraise | 19/08/2005

épisode du jour un peu plus tard aujourd'hui, car absent durant la journée...
merci de ton assiduité...

Écrit par : le doge | 19/08/2005

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