12/08/2005

dans le parc

La nuit est tout à fait tombée à présent sur la campagne de la Toscane. Clarice est plus attentive que jamais malgré le fait que Theobaldus vole à présent au-dessus de son fiacre. La magie permet au véhicule d'avancer plus rapidement jusqu'à la porte sacrée la plus proche, mais elle attire également les ombres.

Clarice se remémore la première fois où elle a été confrontée à ces créatures que les dragons ont baptisées ainsi, elle avait à peine 20 ans et suivait l'enseignement de sa mère afin de lui succéder lorsque son temps serait venu de s'occuper de Maritza. Sa mère lui avait enseigné la Vision, un sort très puissant qui lui permettait de voir la véritable nature des gens qu'elle croisait : vampires, humains, spectres, faiseurs de magie… Mais, elle n'était pas préparée aux ombres et lors d'un voyage à Venise, elle fut accostée par trois d'entre elles. Aucune chaleur, aucune humanité, lorsqu'elle s'était servie de la Vision pour déterminer ce qu'elles étaient, elle avait reçu un choc car tout ce qu'elle avait ressenti n'était qu'un grand vide, comme un gouffre sans fin. Pire, elle eut l'impression que son esprit allait être aspiré par ces étranges créatures, mais elle fut sauvée par une gigantesque créature ailée qui les balaya de ses mains puissantes. Ses yeux rouges brillaient dans l'obscurité naissante et ses ailes masquaient la lumière venant du palazzo où j'étais attendue.

A la vue de la créature, ses agresseurs reculèrent, l'un d'entre eux voulu engager le combat, mais leur adversaire le saisit par le col et le projeta vers le canal où il alla s'empaler sur un  bricola  avant de disparaître comme s'il n'avait jamais existé. Le sauveur de Clarice en fit de même avec les deux autres avant de s'envoler dans le ciel nocturne tandis que deux hommes sortaient du palazzo enroulée, épée au clair suivi de deux domestiques armés de javelots tout en bois.

Lorsque Clarice fut en sûreté à l'intérieur, elle réalisa enfin qu'elle avait échappé de peu à un sort funeste et elle se mit à trembler. Un homme de belle prestance, à la chevelure grisonnante descendit les escaliers et vint à sa rencontre. Lorsqu'il réalisa que son invitée était en état de choc, il la fit conduire dans un salon tendu de velours et de brocards et lui fit servir un verre de vin vieux pour qu'elle se remette de ses émotions.

Elle se souvenait encore de tous les détails de cet instant, elle ignorait alors que son hôte n'était autre que Francesco Beltrame, grand-maître de l'Ordre des Dragons, celui qu'on appelait tout simplement "le doge occulte".

A bien y repenser, abattre les ombres était encore aisé à cette époque-là, il suffisait de les empaler avec un bois consacré lors de Samhain pour les renvoyer dans les limbes dont ils n'auraient jamais dû sortir. Mais, depuis la dernière attaque contre Maritza, Shirley et elle avaient dû se rendre compte que quelque chose ou plus probablement quelqu'un avait réussi à contrer cette faiblesse. Seule la magie était efficace contre les ombres à présent. La magie et Theobaldus. Mais, Theobaldus n'était-il pas lui-même une créature issue de la magie sous sa forme nocturne ?  

 

 

            Je me "réveille" en sursaut, je regarde l'heure, cette fois-ci mon absence n'a duré que vingt minutes. Une impression de froid m'a tirée de cette vision de qui, le sentiment d'être observée également. Je referme mon livre, me penche pour prendre ma bouteille d'eau dans mon sac et observe autour de moi. Un couple d'adolescents sur le banc d'en face est en train de s'embrasser, une mère regarde son fils marcher maladroitement dans les bandes de gazon au milieu de l'allée, un photographe prend des clichés de la fontaine, deux hommes d'environ trente-cinq, quarante ans font leur jogging. Minute… Pourquoi prendre des photos de la fontaine alors que celle-ci ne fonctionne pas ? Aucun jet n'en sort, trop tôt dans l'année je suppose… Je reviens à ce photographe. La fontaine est au bout de l'allée, lui se tient plus ou moins au milieu, son appareil est posé sur un trépied, mais je réalise que celui-ci n'est pas à la bonne hauteur et que les photos vont d'office louper la tête du monument. Qui est cet individu ? Une ombre ou juste un frimeur qui espère attirer l'attention ? Je fais mine de reprendre ma lecture, tout en gardant un œil sur lui. Je ne possède pas la Vision, mais grand-mère m'a dit dans sa dernière lettre de me fier à mon instinct et, pour le moment, il me crie que cet individu représente un danger. "Les ombres sont partout" avait dit le notaire, "Depuis que l'ordre a perdu son grand-maître lors de la seconde guerre mondiale, elles sont devenues plus fortes et peuvent à présent circuler au grand jour sans crainte.". Génial ! Et nous ne sommes même pas préparés pour lutter contre elles. L'impression de froid s'intensifie soudainement lorsqu'une femme promenant un molosse en laisse arrive par le côté du Parlement. Une autre ombre, j'en suis certaine !!! La vision de l'agression de Clarice était un avertissement, les ombres savent qui je suis et vont tout faire pour m'empêcher de succéder à grand-mère. Si elles réussissent, Maritza sera perdue ainsi que Clara, sans parler de ce qui arrivera à Theobaldus.


16:33 Écrit par Masque | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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