11/08/2005

Theobaldus 1

Caché à leur regard, je les observe tous deux. Je pense que la petite-fille de Marthe se doute de quelque chose à mon sujet, mais comment aurais-je pu prévoir qu'un des serviteurs de Cassandre serait déjà présent dans le bar d'Abiatti ? Marthe avait bien fait les choses, permettre au descendant d'un des protecteurs d'installer un commerce dans son immeuble était finement joué, dommage que le garçon n'ait pas été prêt plus tôt.

        Je cherche encore à savoir ce qui a bien pu arriver à Marthe… Ma visite chez le notaire ne m'a été d'aucune utilité. Les chroniqueurs sont de moins en moins nombreux et de plus en plus dispersés. Depuis que l'ordre a quitté Venise, beaucoup de terrain a été perdu face à l'ennemi, qui eut cru qu'une des nôtres succomberait ainsi à la tentation. Elle fut mon plus grand échec et représente à présent mon plus grand danger, ainsi que pour ceux qui luttent encore à mes côtés.

        J'ai fait le serment de protéger Maritza et de veiller à ce le cycle continue, mais depuis plus d'un demi-siècle, je suis à nouveau seul. Les ombres ont trouvé notre repaire de Venise, ont fait prisonnier le Grand-maître et sa famille, empêchant par-delà la continuation d'une partie du cycle. Sans chef, sans repaire, l'ordre a perdu énormément, nul endroit magique n'a permis d'attirer suffisamment les membres, de lancer l'Appel et je ne sais toujours pas où les ombres ont amené celui qui aurait dû prendre la succession de Tybald et prendre le commandement de l'ordre du Dragon. Ma quête m'entraîné loin d'Europe et j'apprend en revenant qu'une des deux gardiennes est morte et je n'ai pas senti son trépas, je n'ai pas été là pour ses derniers moments et surtout, la transition n'a pas pu s'effectuer. Il ne faut pas que Séverine suive Marthe dans le départ trop vite, pas avant que Sandra et Marie ne se rende à Maritza.

Le temps joue contre moi. L'ennemi a réussi à tirer profit de la trop grande confiance en soi des dragons, trop de victoires ont grisé les esprits, le passage de Cassandre à l'abbaye aurait dû nous faire comprendre que les temps avaient changé, les guerres meurtrières du vingtième siècle également…

Dieu ! N'est-ce-pas assez d'être immortel sans en plus devoir subir les tours du Destin. Quand je pense que je n'ai pas le droit de tout révéler aux deux prochaines gardiennes avant qu'elles ne soient allées à Maritza. Grande est la frustration qui m'envahit à présent !!!

Je vais rester quelques temps encore par ici. Vérifier que d'autres ombres ne se manifestent pas. Le visage de la lutte change… Cassandre frappe plus fort et plus directement que Marcellus ou même que Casimir Maleyvi. Comment avons-nous pu être tellement aveugles à son sujet ?

 

            J'ai trouvé Marie dans le grenier… Elle s'était réveillée à sept heures après une nuit agitée peuplée de rêves dont elle ne se rappelle rien, énervée, elle a préféré continuer à chercher après les autres registres que de rester dans mon appartement sans rien faire.

            Nos espoirs de trouver les autres chroniques dans le meuble où nous avions découvert le registre consacré aux débuts de Cassandre sont vite retombés, il semble que le notaire avait raison lorsqu'il pensait que la présence de ce registre dans un tel endroit était une erreur. Pourtant, nous ne nous décourageons pas et continuons nos recherches. Le fait que Maritza ait souffert de la seconde guerre mondiale et que les archives qu'elle conservait aient dû être déplacées en vitesse par Rose et Lise, nous laisse penser qu'une partie d'entre elle se trouve au milieu du fatras qu'il y a dans le grenier.

            De savoir sa grand-mère probablement en danger énerve Marie, surtout que le notaire a été clair, vu que le mort de grand-mère lui paraît suspecte, il est hors de question d'essayer de la contacter avant que nous n'allions à Maritza. Une fois en Italie, nous pourrons continuer ce qu'elles ont entrepris pour poursuivre le cycle.

            Je tente de la persuader de laisser le grenier et de venir au parc avec moi, mais rien n'y fait. Je sais que lorsqu'elle est comme ça, elle préfère rester seule, je n'insiste donc pas et je redescend prendre mon sac, mon baladeur MP3, une bouteille d'eau, le dernier roman de Grangé "L'empire des Loups" et je quitte la maison pour gagner le parc royal à pied. Vingt minutes plus tard, je suis installée sur un banc et, la musique sur les oreilles, je me plonge dans ma lecture.


12:34 Écrit par Masque | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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