10/08/2005

 L'ombre

Je me réveille brusquement. Une autre vision. Liée à Maritza cette fois-ci. Je réalise que je suis à nouveau couchée dans le lit de Bruno, seule. Je regarde l'heure, midi. Je suis restée absente presque trois heures. Je réalise que je suis toujours enroulée dans le plaid, sous la couette, j'écarte le tout car je suis en sueur et me lève pour retourner dans la salle à manger. Ma table du petit-déjeuner est toujours mise, Bruno a laissé un mot sur l'assiette : " Si c'était une nouvelle vision, essaye de consigner le maximum de détails par écrit, le bloc se trouve dans la cuisine. Passe me voir lorsque tu seras réveillée. Ti amo. Bruno". Je souris en lisant les derniers mots et repose le mot avant d'aller chercher le bloc dans la cuisine et de m'installer en tailleur sur le tapis du salon pour commencer à retranscrire ma vision. Le fait que je sois toujours nue ne me dérange pas, que du contraire et je ne peux m'empêcher de penser à Cassandre. Comment pouvait-elle avoir été aussi mal préparée ? Elle avait failli tout faire échouer en s'offrant à Casimir Maleyvi. Heureusement qu'il y eut Domnhall. Il faut absolument que nous poursuivions la lecture du registre afin d'en savoir plus sur la parcours de Cassandre. Ce que nous a dit maître Rabateau à ce sujet est insuffisant. Trouver les autres registres est également une priorité.

Je termine ma transcription, puis retourne à la cuisine et ouvre le frigo. Je déjeune avec du fromage blanc dans lequel je mélange des radis et des concombres, ainsi que des dés de jambon et part avec mon bol vers la terrasse donnant sur le jardin où nous dînions grand-mère et moi lors des journées ensoleillées avant que Bruno n'ouvre son établissement. Mon corps nu boit les rayons du soleil, la transition a commencé, bientôt Marie et moi devront aller jusqu'à Maritza pour accomplir notre devoir. Bruno nous accompagnera, car son rôle est prévu également. Tout cela me fait un peu peur, mais je sais que reculer m'est impossible, car lorsque la grand-mère de Marie sera partie, les ombres commenceront à nous chercher et nous devrons être prêtes pour ne pas succomber comme l'a fait Cassandre.

 

Une fois lavée et habillée, je sors de l'appartement de Bruno et me rend dans le café par le petit couloir. L'endroit est décoré de pochettes de vieux 33 tours des années 60, 70 et 80. Pink Floyd, The Beatles, David Bowie, The Rolling Stones, Alan Parsons Project, Jethrotull, The War of the Worlds de Jeff Wayne. C'est la première fois que je fais vraiment attention à ces souvenirs d'une grande époque musicale que je n'ai pas connue, mais que Bruno m'a promis de faire découvrir. Actuellement, c'est Alan Parsons qui est diffusé, l'excellent TALES OF MYSTERY AND IMAGINATION que j'ai découvert par hasard un jour chez grand-mère. J'avais été épatée de trouver ce genre de musique chez elle, mais elle m'avait répondu : "Tu sais ma chérie, je vis avec mon temps". Je cherche Bruno du regard, il est occupé à servir un couple de clients assis sous les pochettes des Who. Je reste en retrait et attend qu'il revienne au comptoir lorsque je remarque un homme assis dans un coin avec un verre de bière auquel il n'a pas encore touché devant lui qui ne cesse de regarder Bruno fixement. A la vue de cet homme, mon cœur se serre. Je ne l'ai jamais vu, mais je sais ce qu'il est : une ombre. Seigneur, cela aurait-il déjà commencé ?

 

Je reste dans mon coin tout en me disant que je dois rester invisible aux yeux de cet homme, lorsqu'un nouveau client entre. Je retiens un hoquet de surprise en reconnaissant le mystérieux Galvin Nowless. Il salue Bruno et vient s'installer au bar. Je constate que monsieur Nowless ne perd pas l'ombre des yeux, et que celle-ci semble plutôt agitée depuis qu'il est entré. Finalement, l'ombre se lève, dépose un billet de cinq euros sur la table sans attendre sa monnaie  et sort précipitement. Cette réaction me laisse perplexe, Galvin Nowless aurait-il un lien avec notre histoire ? Il se tourne vers moi et braque ses yeux bleu-gris dans les miens avant que Bruno ne revienne derrière le comptoir et ne me voit. Ce regard semble me transpercer de part en part et me donne l'impression que son propriétaire sait tout de moi, de mes visions, des révélations du notaire et de ma relation avec Bruno.

 

-         Tu as eu une nouvelle vision ?

Je sursaute, Bruno est à mes côtés, dans mon "duel" visuel avec monsieur Nowless, je ne l'ai pas vu venir. Je l'embrasse avant de lui répondre par l'affirmative.

-         Maritza cette fois-ci.

-         Tu as noté ?

-         Oui

-         On verra ça ce soir… Comment te sens-tu ?

-         Bien. Le client à la bière qui était dans le coin de la Guerre des Mondes, je crois que c'était une ombre.

Bruno pâlit.

-         Tu es sûre ?

-         Pas plus que ça je t'avoue, mais c'est l'effet qu'il m'a fait lorsque je l'ai vu.

-         Ils seraient déjà sur nos traces. J'avais espéré plus de répit pour que nous remettions toutes les places du puzzle ensemble.

-         Je sais, mais il n'y a pas que ça…

Il me regarde intrigué.

-         Que veux-tu dire ?

-         L'homme au bar, c'est Galvin Nowless. Lorsqu'il est entré, l'ombre a détalé comme un lapin.

Bruno se tourne vers le comptoir, Nowless n'est plus là.

-         S'il a vraiment un rapport avec toute cette histoire, il ne semble pas pressé d'entrer en contact direct avec nous.

Le ton de Bruno est agacé et je me rend compte que sa frustration est au moins aussi grande que la mienne. Je fais un geste comme pour changer mes idées noires et l'embrasse à nouveau.

-         Marie est déjà descendue ?

-         Je ne sais pas. Si c'est le cas, elle n'est pas passée par le café.

-         Hum… Je vais monter voir, en plus je dois être certaine qu'elle a nourri Tyran.

-         Que comptes-tu faire ensuite ?

-         Je n'en sais trop rien… Peut-être aller lire au parc, je dois faire des recherches pour préparer ma sortie de mai avec mes élèves d'artistique, mais je n'ai pas trop envie d'aller m'enfermer dans une bibliothèque par ce temps.

-         On dîne ensemble ?

-         Bien sûr. Chez moi ?

-         Si tu veux.

-         Il faudrait poursuivre la lecture du registre de Cassandre.

-         Tu as raison. Préviens Marie que nous faisons ça ce soir.

-         Très bien.

Bruno m'enserre et m'embrasse dans le cou, je lui retourne un baiser, puis me détache de ses bras pour remonter vers mon appartement.  



10:13 Écrit par Masque | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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