04/08/2005

déménagement

-   On devrait peut-être poursuivre la lecture, non ?

Silence.

Bruno finit par répondre.

-         Je propose que nous déjeunions d'abord… Puis, tu ne devais pas aller chercher ton chat et des vêtements propres ?

Merde ! Tyran ! Avec toute cette histoire, je l'avais presqu'oublié. Marie me regarde étonnée.

-         Tu as pris ta décision ?

-         Oui, je vais m'installer ici et mettre le Saint-Michel en location.

-         Tant que tu as un endroit où je puisse venir squatter lorsque je viens en Belgique…

 

Je souris. Réponse à la Marie.

-         Et toi, Bruno, pas de rêves étranges ?

-         Non, Marie… Pas de rêves étranges.

-         Je suis donc la seule abonnée pour le moment.

-         Il semblerait, lui dis-je.

-         Génial ! Je deviens aussi dérangée que mes patients !

Rire général dans la cuisine.

La minuterie du four vient interrompre notre hilarité, je sors les quiches et les poses sur les dessous de plats que Marie vient de placer sur la table de la cuisine. Durant ce temps, Bruno a sorti les assiettes et les dispose, ainsi que les couverts et les tasses. Nous nous installons et mangeons avec bon appétit en discutant de tout et de rien. Soudain, alors que Marie parle d'une de ses dernières expertises, le visage de Galvin Nowless me revient en mémoire.

 

-         Bruno, est-ce-que le nom de Galvin Nowless te dit quelque chose ?

-         Galvin Nowless ? Non, absolument rien, pourquoi ?

 

Je leur raconte ma première rencontre avec ce prétendu ami de grand-mère et la scène de ce midi. Marie fait la moue.

-         Tu as peut-être attiré l'attention d'un détraqué ma chérie…

Voilà qui me rassure.

-         T'as l'art de mettre les gens à l'aise, miss Freud.

-         N'est-ce-pas ? Plus sérieusement, si ce Nowless te voulait du mal il s'y prendrait autrement je pense. Puis, sans vouloir te vexer Bruno, tu ne connaissais pas tous les amis de Claire.

-         Tu ne me vexes pas, Marie et tu as parfaitement raison. Mais ce Galvin Nowless n'est jamais venu lorsque j'étais là et Marthe n'y a jamais fait allusion lorsqu'elle me parlait de ses amis. D'ailleurs, je me souviens qu'à Noël passé c'est moi qui ait été poster ses cartes de voeux et il n'y avait aucun monsieur Nowless dans le tas.

-         Et il ne figurait pas au répertoire rouge de grand-mère.

Le répertoire rouge, la liste des gens à qui grand-mère écrivait ou téléphonait régulièrement.

 

Marie se lève et commence à faire les cent pas.

-         Pas dans le répertoire rouge, aucune allusion à son sujet auprès de Bruno ou auprès de toi, Sandra. Donc, il semble exclu que ce monsieur Nowless ait fait partie des proches de Marthe. Mais alors, qui est-ce ? Et pourquoi avait-il l'air consterné, voire troublé par sa mort, si j'en crois ce que nous a expliqué Sandra ?

La question est bonne. Un voile de mystères entoure de plus en plus grand-mère et j'ai soudain l'impression que je ne l'ai jamais vraiment connue. Ce dernier point m'agace d'ailleurs car nous étions très proches toutes les deux et qu'elle m'ait caché toutes ces choses à propos de l'Italie et apparemment de Jannée me laisse perplexe. Je ne vais tout de même pas appeler mon père pour lui demander s'il était au courant ! Tout, mais pas ça !

 

Une fois le déjeuner avalé, nous partons Marie et moi pour le boulevard Saint-Michel. Au vu des choses à ramener, nous avons décidé de prendre sa Peugeot 206.

 

Attraper Tyran n'est pas une mince affaire. Comme prévu, il m'a fait un accueil en fanfare, j'ai retrouvé mon salon dans un état épouvantable, le porte journaux renversé, les quotidiens et magazines qui étaient dedans déchiquetés dans tous les coins de la pièce. Enfin, bref après une course-poursuite de plus de vingt minutes dans l'appartement, nous sommes enfin parvenues à la mettre dans la cage dont je me sers lorsque je l'emmène chez le vétérinaire. Le temps d'aspirer ses dégâts, de vider les poubelles, de prendre le nécessaire pour deux ou trois jours, de vider le frigo, de tout mettre dans une caisse en plastique comme celle dont je me sers pour faire mes courses et nous voilà reparties vers la place du Jeu de Balle.

 

En chemin, Marie me pose la question redoutée.

 

-         Comment tu trouves Bruno ?

-         Euh, sympa… Pourquoi ?

-         Sympa… rien de plus ?

-         Je ne sais pas Marie, je n'y ai pas franchement réfléchi.

-         A d'autres ! Il te fait craquer, pas vrai ?

Et voilà que je pique un fard. Ça devient une manie !

-         Peut-être un peu, oui.

-         Toi en tous cas, tu lui plais vachement.

-         Hein ? Qu'est-ce-qui te faire dire ça ?

-         T'es aveugle ma pauvre fille ? Tu n'as pas vu comme il te mange du regard ? Et cette robe que tu portes aujourd'hui ? C'est juste parce qu'il fait beau sans doute ?

Je ne répond rien et regarde les façades de la chaussée de Wavre en me mordillant le pouce comme une gamine prise en faute.

-         Je prend ton silence pour un aveu.

Je reste enfermée dans mon mutisme. Ma dernière relation sentimentale n'a pas été une franche réussite et je reste prudente depuis. Pourtant, les paroles de Marie m'obligent à admettre qu'elle n'a pas tort et que, si j'ai mis cette robe aujourd'hui, c'était effectivement en imaginant Bruno me l'ôter.

-         Pourquoi tu me poses cette question ? Tu as des vues sur lui ?

Marie éclate de rire.

-         C'est vrai qu'il est beau mec, mais je crois que j'ai gaspillé toutes mes chances hier soir. Puis, je te l'ai dit, il te dévore des yeux.

-         Même si c'est vrai, je ne sais pas si je suis prête à vivre une nouvelle relation avec un type pour le moment.

-         Tu penses encore à Fred ?

-         Parfois.

-         Tu es bien bête, ma fille.

-         Peut-être.

 

Fred… Frédéric Villeneuve, ex-copain de fac, ex-collègue, ex-fiancé, mais toujours connard de première. J'avais mis fin à nos relations après avoir découvert qu'il sautait une de ses étudiantes et que ce n'était pas la première à son tableau de chasse. Il m'avait gaillardement trompée pendant les six années où nous sortions ensemble et je n'avais rien remarqué. Il a fallu une grève inopinée et une envie d'aller le voir à son bureau de l'université pour le trouver le pantalon sur les chevilles en train de baiser une blondasse de deuxième candi. Malheureusement pour lui, la grue ne prenait pas de précautions et s'est retrouvée enceinte de ses œuvres. Je crois qu'il enseigne qu Québec à présent, pratique d'avoir une famille qui a le bras long.  

 

Nous arrivons enfin place du jeu de Balle. Marie gare sa voiture dans la rue de l'Hectolitre, à un mètre de la maison. Bruno sort nous aider, tandis que je me charge de Tyran qui grogne et souffle comme jamais. Je monte dans mon nouveau chez moi, attend que Bruno et Marie aient tout déposé avant de fermer la porte et d'ouvrir la cage en ayant bien vérifié qu'aucune fenêtre n'était ouverte. Tyran sort avec précaution en humant l'air, puis file se cacher sous le secrétaire en vieux bois de rose.

 

Une fois le rangement des affaires ramenées du boulevard Saint-Michel terminé, nous nous installons dans le salon. Marie a préparé un thermos de thé et a décidé de commencer la lecture après que je lui ai expliqué que Bruno ne voyait pas la même chose que nous lorsqu'il ouvrait le registre. Cette révélation l'a sidérée et l'amène à penser comme moi que ce que contient ce journal est d'une grande importance.


22:35 Écrit par Masque | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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