01/08/2005

Chapitre 3 : le souper

Fameux le veau piccata de Bruno. On ne peut pas en dire autant de l'attitude de Marie. Entre roucoulement, yeux de biche, frotti-frotta, tout le numéro y est passé. Je ne l'avais jamais vue comme ça, même pas en fac, c'est tout dire.

 

            Avec l'aide du signor Chianti, elle a terminé en beauté en s'écroulant sur la table, le nez dans le sabayon qu'elle avait réclamé à corps et à cris. Je dois bien admettre que j'ai été soulagée de la voir s'effondrer et d'enfin ne plus l'entendre déballer le catalogue des platitudes les plus communes dont on avait l'habitude de se moquer durant nos années d'étudiantes.

 

            J'aide Bruno à débarrasser la vaisselle en m'imprégnant du calme de Vivaldi que Bruno a mis en fond sonore. Je ne sais trop quoi dire, dois-je excuser l'attitude de Marie ? Dois-je me moquer d'elle ? Cette situation m'embarrasse et je rumine jusqu'à ce qu'il prenne la parole.

 

-         Que lisiez-vous lorsque je suis arrivé tout à l'heure ? Vous paraissiez absorbées, presque absentes même…

 

La question me trouble, j'ignore pourquoi. Cette lecture me laisse une étrange impression et je ne sais pas si je dois, ou même si j'ai envie d'en parler. Comment va-t-il réagir si je lui parle des sabbats ou même du vampire ? En même temps, j'ai besoin d'en parler à quelqu'un, autant que ce soit à lui.

 

-         On a trouvé une sorte de journal dans un des meubles du grenier.

-         Un journal ? Comment cela ?

-         Oui, une sorte de journal sur le vie d'une femme appelée Cassandre Descrieux. Je pense qu'il s'agit peut-être d'une des mes ancêtres, mais sans plus de certitude…

-         Et qu'a-t-elle de particulier cette Cassandre Descrieux ?

-         D'après le journal, elle aurait pratiqué la magie malgré les risques de l'époque.

-         De l'époque ?

-         Oui, elle aurait vécu au dix-huitième… Née en 1710, je n'ai pas encore la date de décès.

-         Intéressant… C'est vrai que la Magie était mal considérée par l'Eglise à l'époque, les bûchers étaient moins fréquents, mais ils n'en existaient pas moins.

 

Je le regarde, un peu étonnée, c'est vrai que je l'ai toujours vu comme le patron du bistrot et que je sais peu de choses de lui, sinon qu'il a des racines italiennes et qu'il loue le café depuis quatre ans déjà.

 

-         Tu veux jeter un coup d'œil ?

La demande est venue toute seule, sans même que j'y réfléchisse. Il ne dit rien, semble réfléchir.

-         Pourquoi pas ? Ça ne te dérange pas ?

Je fais signe que non et vais chercher le registre que je pose sur la table à sa place.

Il me remercie d'un signe de tête, s'assied et l'ouvre avant de changer de tête.

-         Tu as dû te tromper de cahier… Celui-ci est écrit dans une langue que je ne comprends pas.

Que me dit-il là ? Je vais vers lui et prend le registre.

-         Mais non, c'est écrit en français !

A son tour de paraître ébahi, il me reprend le journal avant de me regarder incompréhensif.

-         Pour toi, ceci c'est du français ?

Je ne comprends rien à son discours.

-         Que veux-tu que ce soit d'autre ?

-         Si je n'étais pas sûr que tu es sérieuse, je dirais que tu me fais une blague d'étudiant.

-         Mais encore ?

-         Pour moi,  ce registre est couvert de signes cabalistiques incompréhensibles.

-         Tu plaisantes j'espère ?

-         Non, pas le moins du monde…

Je reste sans voix. Qu'est-ce-que ça peut bien vouloir dire ?

 

Je reprend le registre et l'ouvre à la première page. Non, tout est bien lisible pour moi… De plus en plus étrange.

-         Tu veux que je te fasse la lecture ?

-         Si ça ne t'ennuie pas…

-         Sinon, je ne te le proposerais pas…

-         Alors, oui, j'accepte la proposition. Tu veux un café ?

-         Riche idée, je vais en avoir besoin.

-         Bene

 

Il se lève, retourne vers la cuisine, je l'entends manipuler la cafetière italienne, ouvrir le placard où se trouve la boîte à café, verser l'eau dans le bas de la cafetière, refermer le tout et le poser sur le gaz. Puis, vient le bruit des tasses qu'il prépare sur un de ses petits plateau tel que ceux qu'il utilise dans le bistrot, les cuillers qu'il dispose avec attention, le sucrier car il sait que j'aime mon café bien sucré. Tout en visualisant ces petits gestes, je me laisse porter par la musique de Vivaldi et je laisse mon esprit vagabonder sur le Grand canal. Les gondoles sont rares à cette heure tardive et l'atmosphère est lourde à cause de l'épidémie de peste.

 

La peste, quel fléau ! Les gens se font rares et les soirées également. Moins de soirées signifie dire moins de nourriture, mauvaise affaire pour la Contessa et sa cour. Je laisse glisser ma main dans l'eau du canal en pensant à mon prochain refuge, je deviens trop connu dans le Saint Empire, il faut que je pense à bouger avant de trop attirer l'attention sur moi. La nuit est sombre, des ombres mouvantes passent de toit en toit et attirent mon regard. Ce ne peut être lui ! C'est impossible ! Comment aurait-il retrouvé ma trace ici ? Je me redresse et fais appel à tous mes sens pour percer le voile obscur de la nuit. Plus rien ! Il doit me sentir… Maudit ! Il ne me lâchera donc jamais ! Faut-il que je haïsse mon maître pour m'avoir légué cette vendetta entre lui et Theobaldus ! Pourquoi fallait-il qu'il tombe entre les mains de Stepan et de ses brutes ?


11:39 Écrit par Masque | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

un réel talent d'écriture je viendrai lire la suite !!!

Écrit par : pommefraise | 01/08/2005

merci la suite demain... un épisode par jour tant que je tiens le rythme

Écrit par : le doge | 01/08/2005

C'est tellement... ...gai d'avoir une exclsivité!
Mais soit dit en passant, JE VEUX LA SUITE...
Ben oui quoi, faire saliver tes lecteur c'est pas sympa ça!

Écrit par : Raven | 01/08/2005

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