30/07/2005

Cassandre 3

1724         premiers pas dans la magie   

        En deux ans, Cassandre est devenue une jeune fille magnifique sur le passage de laquelle on se retourne. Nombre de garçons sont en lice pour conquérir la belle, mais si le nombre d'appelés est nombreux, celui des élus reste à zéro.

        Cassandre a conscience de son corps dont elle aime la nudité et les sensations que le contact de l'air, de l'eau et de la terre apporte à sa peau. Ses escapades dans les criques isolées sont nombreuses, elle peut y passer des journées entières, nue, à étudier les livres qu'elle trouve régulièrement sur sa table le matin au réveil. Ces livres lui donne accès à un univers qui la fascine : la magie.

        Etrangement, elle se sent attirée par les connaissances occultes et se rend compte qu'elle n'a aucun mal à déchiffrer des signes et des écritures qui lui étaient jusqu'alors inconnus.

        Tout ce qui touche à la foudre la fascine, elle s'entraîne à harmoniser son corps avec les orages et lors des plus gros, reste dehors à laisser la pluie fouetter son corps. Au fur et à mesure des mois, son corps continue à évoluer très vite et des envies de plus en plus érotiques l'envahissent.

 

1725                 nuit de Ostara

        Depuis octobre 1724, Cassandre a découvert l'existence des nuits de grand pouvoir : Walpurgis/Beltane et Samhain. Elle sait quels sont les rites à accomplir pour que les énergies telluriques et mystiques se focalisent en un point central qui serait elle. Le premier rite doit être accompli lors de la nuit d'Ostara, celui-là consiste à passer les épreuves de l'eau, de la terre et du feu prouvant qu'on est digne de participer à Beltane. Les épreuves se déroulent selon l'Ancien rite, dans une clairière à quelques kilomètres du domaine, et sont présidée par une prêtresse venue d'Ailleurs. Au moment dit, Cassandre s'y présente vêtue d'une seule tunique de lin, pieds nus, comme le veut la tradition. La tunique n'a jamais été portée, et Cassandre est toujours intacte. L'épreuve de la terre consiste à planter une graine d'arbre en un lieu précis en chantant un très ancien sortilège sans jamais s'arrêter. Si le sort est un succès, une pousse jaillira hors de terre à la fin de la chanson. Heureusement pour Cassandre, l'épreuve est un succès. L'épreuve du feu est la plus pénible, car Cassandre doit se dévêtir face à l'assemblée des Anciens et répondre à leurs questions tout en s'auto-flagellant avec des verges neuves. Cette épreuve-là aussi est un succès. L'épreuve de l'eau est la plus redoutable, la postulante doit se plonger toute entière dans l'eau consacrée par la prêtresse et se détacher de son corps afin de réaliser sa première projection astrale. Certaines candidates en sont mortes, d'autres ont abandonné, Cassandre s'y soumet en tentant de chasser toute appréhension de son esprit. Au cours de son voyage astral, elle a une vision d'une citadelle flottant dans les airs avec des cavaliers tout autour. Elle sait que ce lieu va avoir un rôle important dans sa vie, mais se doute qu'elle ne doit pas le mentionner à la prêtresse. Lorsqu'elle sort de l'eau, les blessures dues à l'auto-flagellation ont disparues, l'épreuve est réussie. La prochaine étape sera Beltane.

 

            Nous sommes tirées de notre lecture par Bruno qui est monté, inquiet de ne même plus entendre de musique.

 

-         Vous allez bien ? Il est passé 18 heures vous savez ?

 

Je regarde ma montre et je réalise qu'il a raison. Cette lecture a un effet étrange sur moi, je vois Cassandre évoluer dans le parc du château et dans les bois environnant. Je la vois, grande, élancée, des cheveux noirs de jais, comme beaucoup de femmes de la famille. Moi, je suis l'exception avec mon mètre soixante-cinq, par contre les cheveux y sont, pas de doutes. Etrangement, je me sens liée à Cassandre, mais cette histoire de vampire me tracasse… Les vampires sont un mythe, comme les loups-garou, comme les dragons également, pourtant celui qui a écrit cela en parle comme si tout était réel. C'est comme les cérémonies décrites, les courants New Age ont remis les rites celtes au goût du jour, mais là, le rédacteur en parle comme si elles étaient encore d'actualité au dix-huitième siècle, pourtant l'Eglise était très ferme avec les croyances "déviantes". Je me souviens encore des minutes de procès pour sorcellerie que monsieur Dampierre, le prof de Temps Modernes, nous lisait à la fac, il y avait de quoi faire dresser les cheveux sur la tête. Je regarde Marie, elle est de nouveau occupée à dévorer des yeux, je lui donne un coup de coude, elle sursaute et me regarde, surprise.

 

-               Qu'est-ce-qu'il y a ?

-               Rien, mais tu vas l'user à force de le regarder ainsi, lui murmure-je.

-               T'es bête !

-               Et toi pas très discrète…

-               Faut le dire si c'est chasse gardée !

Ça y est, elle m'énerve.

-         Chasse gardée ! Tout de suite les grands mots ! Je ne sors pas avec lui, je te signale !

-         Tu te comportes en copine jalouse !

J'avale la remarque de travers. En copine jalouse ? Et puis quoi encore ?

-         J'ai peur d'avoir mal entendu là ?

-         Non, non, tu as très bien compris… Si tu le voulais, fallait me prévenir et placer tes positions avant mon arrivée !

Je rêve, ce n'est pas possible ! Mais qu'est-ce-qu'elle me raconte et… Bruno nous regarde comme si nous étions des aliens. La honte ! On s'est engueulées devant lu !!!  Je me sens rougir tandis que Marie réalise à son tour et devient pivoine d'une seule fois. Bruno passe d'elle à moi, de moi à elle, avant de prendre la parole.

-         Ça avait l'air passionnant ce que vous racontiez, seulement je n'ai pas compris un traître mot !!!

Qu'est-ce-qu'il raconte ? Il se fout de nous là, il n'y a pas de doutes !

-         T'es sympa de faire semblant, mais tu ne dois pas… Nous nous sommes comportées comme deux cloches et je pense que nous en sommes conscientes un peu tard.

Marie ne pipe mot, elle reste plantée au milieu des malles et des meubles, toujours écarlate. Bruno me regarde bizarrement.

-         Ne viens pas me dire que ce n'est pas fait exprès, mais je n'avais jamais entendu une telle langue avant ce soir.

C'est à mon tour de le regarder héberluée. Mais, de quoi parle-t-il ?

-         Je ne comprend pas Bruno…

Il semble perplexe

-         Marie et toi avez commencé à parler assez vivement dans une langue qui ressemblait à des rocs qu'on entrechoque. Je n'avais jamais rien entendu de tel avant, pourtant Dieu sait si j'en entend des dialectes depuis que j'ai ouvert le café.

Je fixe Marie avec un air interrogateur, elle hausse les épaules en signe d'incompréhension, je fais de même. On cherchera une explication plus tard, j'ai faim.

-         Bonne idée, dit soudain Marie, moi aussi je crève la dalle.

Je me tourne vers elle

-         Pourquoi tu dis ça ?

-         Tu viens de dire que tu avais faim, non ?

-         Bruno ? J'ai dis quelque chose ?

-         Non, Sandra… rien du tout.

-         C'est ça, rétorque Marie, foutez-vous de moi !!!

-         Je t'assure, Marie… Sandra n'a rien dit du tout.

-         J'entend des voix alors. Quoiqu'il en soit, j'ai faim !

Bruno hoche la tête en souriant.

-         Je venais vous annoncer que le veau picata était prêt avant votre séance de linguistique.

Marie bat des mains comme une gamine.

-         J'adore le veau picata !!! Avec un chianti chambré comme il se doit, c'est délicieux !

-         Bene… le Chianti est prévu également.

-         Génial, Bruno tu es un chou.

"Bruno tu es un chou… n'importe quoi ! Minable le plan drague ma fille".

Marie se retourne d'un coup et me fusille du regard avant de prendre le bras de Bruno dans les escaliers et de se mettre à jacasser comme une adolescente en chaleur.


19:46 Écrit par Masque | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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